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Un Prix pour promouvoir la recherche en Bretagne

Prix de thèse UEBLe Prix de thèse organisé par l'UEB s'adresse aux jeunes chercheurs ayant soutenu leur thèse en Bretagne en 2009. A la clef, un prix de 1 000 €.

Le Prix de thèse 2010 récompense le travail de trois jeunes chercheurs ayant soutenu leur thèse en Bretagne en 2009. Le but de ce Prix de thèse est double : promouvoir la recherche en Bretagne et soutenir et valoriser les travaux de jeunes chercheurs ayant réalisé un doctorat.

Cette année, le Collège Doctoral International, coordinateur de l’événement, a retenu trois critères :

  • L’interdisciplinarité (problématiques, méthodes et collaborations)
  • La dimension internationale de l'objet de recherche, des méthodologies, et de l'encadrement (co-tutelles pour des doctorants ayant réalisés un master hors France, co-directions, mobilités)
  • La dimension entreprise (problématiques et montage de la thèse: CIFRE, partenariat entreprise/université ou unité de recherche)

Lauréat : Catégorie « international »

Soizic GaraudSoizic Garaud
Université de Bretagne occidentale (UBO)
Thèse de biologie : « Contribution du variant de CD5, CD5-E1B, à l'auto-réactivité des lymphocytes B »

Le lupus tombe le masque

Dans les maladies auto-immunes, notre corps s’attaque à lui-même. Pourquoi ? Comment ? De Londres à Bruxelles, en passant par Brest, la recherche en biologie progresse rapidement.   

La sclérose en plaques, le diabète et la polyarthrite rhumatoïde sont les maladies auto-immunes les plus connues. Ce ne sont pas celles qu’étudiait Soizic Garaud pour sa thèse. Formée entre Quimper, Rennes et Brest, la jeune biologiste s’est intéressée au lupus.
Identifiée aux lésions cutanées qu’elle occasionne au visage, le fameux « masque de loup », cette maladie peut toucher d’autres organes, le rein ou le cœur. On en connaît mal les causes mais on redoute ses effets, parfois mortels.

De nouveaux traitements ?
Pour comprendre les mécanismes de développement du lupus, les chercheurs étudiaient jusqu’à présent la structure des lymphocytes T. Plus nombreux, donc plus faciles à observer. Au sein du laboratoire d’immunologie et pathologie de l’UBO, Soizic Garaud s’est penchée sur un autre sous-type de globules blancs, les lymphocytes B. Dans le microscope, la biologiste a traqué l’action d’une protéine au fonctionnement anormal, la cytokine. « Avec l’idée de faciliter la mise au point de traitements thérapeutiques ciblés, plus efficaces, ajoute la scientifique. Malheureusement, les firmes pharmaceutiques s’y intéressent encore trop peu. Le seul médicament existant, dont la fiabilité est loin d’être garantie, leur rapporte suffisamment d’argent ».

Un séjour à Londres
Au cours de ses travaux, Soizic Garaud a voyagé. Grâce à la bourse de mobilité accordée par l’UEB, la biologiste a passé quatre mois dans un grand laboratoire de Londres. « J’ai pu accéder à des technologies d’analyse protéique de haute performance, explique-t-elle. Ce qui m’a permis d’avancer rapidement sur ma thèse ». Trois publications internationales ont déjà fait état de ses recherches sur le lupus.
Après trois ans de thèse, la post-doctorante s’est expatriée à Bruxelles, à l’institut d’oncologie Jules Bordet. Désormais, elle étudie elle-aussi les lymphocytes T et leur modification vers la malignité. Elle se prépare aussi à passer les concours Inserm pour devenir chercheur en immunologie, si possible en Bretagne.

Lauréat : catégorie « entreprise »

Anaïs Guérin ChapelAnaïs Guérin Chapel
Université de Rennes 2
Thèse de géographie : « La durabilité des sablières : approche méthodologique dans sa perspective territoriale »

Du sable qui dure

Les carrières de sable se cherchent un avenir dans le développement durable. Des entreprises s’associent à la recherche publique pour trouver des solutions adaptées.
La législation accorde aux carriers une autorisation d’exploitation des sablières pendant 30 ans. Et après ? Qu’advient-il du site quand il ferme ses portes ? Plus respectueuse de la nature et des hommes, les entreprises s’intéressent désormais au sujet. Anaïs Guérin Chapel, aussi.
Géographe de formation, passionnée par l’univers de la mer, la jeune femme a mené sa thèse au sein de l’entreprise Lafarge, à Lorient, en cheville avec le laboratoire Costel de l’université de Rennes 2. Cadre et étudiante à la fois, la géographe a bénéficié d’une convention industrielle de formation par la recherche (CIFRE). Financée en partie par l’Etat, cette formule originale d’intégration professionnelle au service de la recherche d’intérêt général est courante en médecine, très rare en sciences sociales.

Le chantier de la concertation
Pendant trois ans, l’étudiante salariée s’est employée à définir la notion de durabilité des carrières de sable en lien avec les attentes des acteurs locaux en matière de reconversion industrielle. Avec l’idée de mieux intégrer la stratégie de l’entreprise aux projets et aux intérêts des communes, des riverains, des sous-traitants…
Pour dégager une méthodologie d’audit, respectueuse du territoire, Anaïs Guérin Chapel a étudié huit sites bretons. Rattaché au service "Foncier et environnement" de Lafarge, elle a réalisé 450 entretiens et enquêtes de terrain. La géographe a notamment suivi le chantier controversé d’extraction de sable en mer, au large de Lorient.

De la CIFRE à l’emploi
 « On peut travailler en toute indépendance au sein d’une entreprise, rassure la chercheuse. C’est parfois difficile de lever le soupçon de partialité mais la CIFRE est une carte de visite sérieuse pour préparer son avenir professionnel. Travailler avec des horaires, des collègues et des objectifs est aussi un atout pour mener sa thèse jusqu’au bout ». Néanmoins, Anaïs Guérin Chapel aura attendu 8 mois pour voir son dossier CIFRE enfin accepté.
Aujourd’hui, la géographe est chargée d’études indépendante, partenaire privilégié d’un autre carrier breton. Passée de l’autre côté du miroir, elle travaille avec des laboratoires de Brest pour encourager la recherche sur les sites sous-marins d’extraction de sable coquiller pour l’agriculture. Toujours attachée au milieu académique, elle prépare aussi sa qualification pour devenir maître de conférences.

Lauréat : catégorie « interdisciplinarité »

Christophe Nicolas NicolazChristophe Nicolas Nicolaz
Université de Rennes 1
Thèse de biologie : « Contribution à l'étude du stress cellulaire potentiellement induit par les ondes millimétriques »

Biologie et informatique sur la même longueur d’ondes

La technologie grand public utilisera bientôt les ondes électromagnétiques de haute fréquence. Quel pourrait être leur impact sur le corps humain ? La biologie et l’informatique étudient conjointement la question.

Nos téléphones portables et nos réseaux wifi fonctionnent grâce aux ondes électromagnétiques. Cependant leur diffusion croissante à l’échelle planétaire pose déjà problème. La bande de fréquence utilisée (900 MHz - 10 GHz) est menacée de saturation. Prévoyants, les industriels ont trouvé la parade. Leur nouvelle génération d’outils communicants se calera sur d’autres fréquences, plus élevées (≈60 GHz). Mais il y a un hic : aucun être vivant n’a jamais été exposé durablement à ces ondes dites millimétriques…

Une question de santé publique
Avant la commercialisation de produits étiquetés Wireless HD - du nom du consortium international des géants de l’industrie numérique -, quelques rares laboratoires ont décidé d’étudier les risques des ondes millimétriques sur la santé humaine. Par souci élémentaire de prévention.
Formé aux sciences du vivant, à la génomique fonctionnelle et à la toxicologie à Brest, puis à Rennes, Christophe Nicolas Nicolaz a suivi le dossier. Rattaché au laboratoire "Interactions cellulaires et moléculaires" de l’université de Rennes 1, le biologiste a effectué sa thèse au sein du groupe "Antennes et hyperfréquences" de l’Institut d’électronique et des télécommunications de Rennes (IETR).

Avis favorable
Trois années durant, Christophe Nicolas Nicolaz a étudié in vitro des cultures de cellules humaines, exposées à des ondes millimétriques de puissance et de durée variable. Pour y parvenir, le chercheur a mis au point une méthodologie d’analyse innovante, créant un langage commun à la biologie et à l’informatique. « Nous n’avons pas observé de modification majeure du génome des cellules de la peau, résume-t-il. Mais on ne peut pas tirer de conclusion sur une exposition à long terme du corps humain, associée à d’autres facteurs ». De ses travaux, le biologiste a tiré trois publications. Sa thèse a servi de base au rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur le sujet.
En postdoc rennais depuis septembre 2010, Christophe Nicolas Nicolaz a intégré le Groupement d’études de la reproduction chez l’homme et le mammifère (GERHM / Inserm). Le chercheur a mis de côté les ondes électromagnétiques pour étudier les problèmes de développement des testicules chez l’enfant. Mais il est toujours question de santé et d’environnement.