Piwik

Les 8 écoles doctorales

Ecole Doctorale SDLM

Claudine Malfilatre, 24 ans, doctorante SDLM. En deuxième année de thèse Sciences de la terre

Claudine Malfilatre, doctorante SDLM
La pétillante Claudine Malfilatre parcourt à la France à la recherche de pierres de construction. Son objectif : les répertorier afin de connaître leur origine. Un domaine porteur à une époque où l'on s'intéresse de plus en plus à la traçabilité des produits.


« Je suis en deuxième année de thèse au sein du laboratoire Géosciences, situé sur le campus de Beaulieu. Mon cas est un peu particulier parce que je suis financée par un industriel pour faire ma thèse.

Concrètement, j’ai signé un CDD de trois ans, pour réaliser une carte d’identité des pierres de construction. La structure qui m’a commandé ce travail de recherche – le Centre technique des matériaux naturels de construction (CTMNC) – travaille au service des carrières françaises.

L’idée, c’est qu’à l’heure actuelle, il est très difficile de savoir d’où viennent les pierres de construction, de quelles carrières et, plus largement, de quels pays elles proviennent. Or, de plus en plus, on remarque que des structures bretonnes, comme la gare de Rennes par exemple, sont réalisées avec du granit chinois. A l’heure de l’écologie et du Grenelle de l’environnement, c’est tout de même embêtant quand on sait que la Bretagne possède de nombreuses réserves en granit.

Je travaille sur trois types de pierres : le granit breton, le granit du Tarn et le calcaire de Comblanchien (Bourgogne). Ce qui m’amène à voyager pour réaliser des prélèvements dans les carrières.

Une fois ces prélèvements effectués, nous observons au microscope la taille des grains, les couleurs, l’hétérogénéité dû à la mise en place du granit… Nous donnons ensuite nos bouts de cailloux aux techniciens du labo pour qu’ils réalisent des lames, que nous envoyons ensuite dans un centre spécialisé dans les études chimiques. C’est la seule étape du procédé que nous ne gérons pas ici. Sur ces lames, je calcule ensuite la proportion des minéraux. Pour savoir s’il s’agit de granit, nous faisons des mesures pour calculer les propriétés magnétiques, grâce à des machines que nous avons ici au laboratoire.

Ca fait un an et demi que j’étudie le granit. Maintenant il faut que je me consacre au calcaire.  L’intérêt de cette thèse, c’est que j’étudie différentes disciplines (pétrologie, magnétisme, sédimentologie…..) en employant différentes méthodes (échantillonage, mesures…). Contrairement à d’autres doctorants, je sais que je ne dispose que de trois ans pour faire ma thèse. Au-delà de cette date, je ne serai plus rémunérée par le Centre.

Du coup, je ne compte pas mes horaires. Il peut m’arriver de faire des journées en commençant à 8 h et en terminant à 23 h. Mais mon sujet me passionne donc je le vis bien. Je suis autonome tout en étant accompagnée : j’ai sept encadrants pour ma thèse ! L’ambiance « doctorant » va beaucoup me manquer.

Le laboratoire c’est un peu comme une petite ville, chacun se connaît de dit bonjour. On mange ensemble, on va boire des verres. C’est aussi le rôle des doctorants de dynamiser un labo.  Je pense que ces trois années seront parmi les plus belles de ma vie.

J’aime aussi expliquer aux gens qui ne sont pas dans le milieu de la recherche ce que je fais. Ca nous oblige à vulgariser notre propos. Quand une personne s’y intéresse ça me fait très plaisir, j’aime faire partager ce que je fais autour de moi. Mais je me rends compte que la vie d’un doctorant est encore méconnue de beaucoup. C’est dû au statut – mi salarié, mi étudiant. Pour beaucoup, je suis encore une étudiante alors que je paie des impôts. Pour me définir, je dirai que je suis une apprenti-chercheuse.

Ce qui me plaît dans la recherche ? Le fait d’avoir un problème, un sac de nœuds, et de le résoudre pendant trois ans. Il faut être déterminé, savoir rebondir et être prêt à accepter les remarques et les critiques. Tous les six mois, je dois faire un bilan d’activités à la société qui m’emploie, ce que je trouve normal et très formateur. Il ya des doctorants qui n’aiment pas que l’on intervienne sur leur travail, moi ça me motive.

Pourtant, je ne me destinais pas du tout à ça. La passion pour la géologie m’est venue à la fin de mon année de Terminale. J’ai donc choisi de faire un DEUG dans cette discipline à Tours, puis une licence et un master de Planétologie à Nantes. C’est un stage réalisé en M1 qui m’a donné envie de faire de la recherche. Six mois après la fin de mon master, j’ai été sélectionnée pour cette thèse et j’en suis ravie !

Après ma thèse, j’aimerai être recrutée par l’entreprise pour laquelle je travaille maintenant, au sein de leur service R&D. Ensuite, j’aimerai vraiment monter mon bureau d’études. Depuis que j’ai commencé ma thèse, j’ai eu plusieurs contacts avec des particuliers intéressés pour savoir de quelle carrière provenait les pierres de leurs maisons. A une époque où l’on s’intéresse de plus en plus à la traçabilité des produits, au développement durable et au patrimoine local, je pense qu’il y a un marché à prendre.»